390                          Les Spectacles de la Foire.
la veuve Maurice, les nommés Chriftophe Selles, Rellier, Bertrand et autres danfeurs de corde, lefdits veuve Maurice, Selles et autres continuent toujours la repréfentation de pièces de comédie fur les théâtres qu'ils out édifiés tant rue des Quatre-Vents que préau de la foire, ce qui eft une contravention précife à leur privilège et défobéiffance à la fentence rendue par M. le Lieu­tenant général de police ledit jour 5 mars 1706, à eux lignifiée le 13 dudit mois de mars, avec plufieurs commandemens faits en conféquence ; et comme ils ont intérêt d'affurer la récidive de la contravention auxdits privilège et fentence, ils nous ont requis de nous Vouloir tranfporter cejourd'hui, fur les fix heures du foir, dans les logés et théâtres que lefdits veuve Maurice, Selles et autres ont fait édifier, à l'effet de dreffer procès-verbal de leur contraven­tion et de leur donner acte comme lefdits Selles, Bertrand et autres jouent fur leurs théâtres des pièces en dialogues en forme de comédie au préjudice defdites défenfes, pour, icelui fait, être par M. le Lieutenant général de police ordonné ce qu'il appartiendra.
Signé : Poisson ; Villot-Dufey.
Sur quoi nous commiffaire avons donné auxdits comparans acte de leurs comparution, dire, réquifition et repréfentation qu'ils nous ont faite de ladite fentence portant défenfe de faire et dire aucun dialogue et pièce en forme de comédie ; en conféquence de laquelle nous étant, fur les fix heures du foir, affifté d'Etienne Biétrix et d'Eutrope Larcher, tranfporté dans le rfréau de la foire St-Germain, dans une grande loge occupée par Chriftophe Selles, au­quel ayant fait favoir le fujet de notre tranfport, montré et exhibé ladite fentence, la femme dudit Selles nous a conduit dans une première loge ayant vue fur le théâtre où nous aurions trouvé plufieurs perfonnes affifes, ainfi que dans les loges, et quantité de monde dans le parterre. Et avons remarqué deux voltigeurs de corde, l'un en l'air fur une corde au-deffus du théâtre et l'autre au-deffus du parterre ; qu'après avoir voltigé pendant un quart d'heure, avons vu qu'ils ont tiré un grand rideau, qui partage le théâtre, et qu'auffitôt a paru fur icelui deux acteurs, l'un nommé Marforio «l'autrePafquin, vêtus cn arlequin,'et un troifième nommé Pierrot qui a attiré un tonneau d'où eft forti au milieu du théâtre ledit Marforio ; qu'ils ont fait plufieurs dialogues enfemble de propos interrompus et fans fuite ; qu'il a paru enfuite deux femmes dans une autre fcène avec un docteur qui ont pareillement fait plu­fieurs dialogues de femblables propos, plufieurs danfeurs dans les entr'açtes et plufieurs fcènes où lefdites femmes ont chanté avec lefdits Marforio et Pafquin et ledit Pierrot ; que fur la fin plufieurs fauteurs ont fait divers fauts au milieu du théâtre avec quelques jeunes enfans ct enfuite ont fini par un dialogue entre lefdits Marforio et Pafquin (1), auffi fans fuite, et toutes fcènes
(1) Pai-u." el Marjorio, médecin des maurs, comédie de l'ancien Thèàtre-Italien, en trots actes, en prose française et en vers libres, avce spectacle, chant ct danse, par Dufresny et Brugière de Barante, representée le 3 février 1697.